La diminution de la sinistralit

Sols carrelés : points de vigilance

Le rapport « Sols carrelés : points de vigilance » publié par l’Agence Qualité Construction (AQC) offre une analyse pertinente de sinistres impliquant des pathologies affectant des revêtements de sol céramiques. Il étudie les principales causes et conséquences fréquemment constatées et suggère certaines évolutions des règles de mise en oeuvre visant à diminuer la sinistralité. Décryptage.

La diminution de la sinistralit

La diminution de la sinistralité est un enjeu majeur pour la profession. (© Eurisk)

Dans le dernier « Observatoire de la Qualité de la Construction », publié par l’AQC, les revêtements de sol intérieur restent en tête du « Flop 10 » et apparaissent clairement comme étant parmi les ouvrages les plus sujets à sinistre. Diffusé chaque année depuis 2006, ce rapport est une base de données unique. Alimenté par les experts en construction désignés par les assurances décennales, il offre aux décideurs de la branche bâtiment une vision consolidée et chiffrée des pathologies rencontrées sur l’ensemble du territoire. Il met malheureusement en exergue depuis plusieurs années, la recrudescence des pathologies liées aux sols carrelés. En maisons individuelles comme en logements collectifs, les revêtements de sol intérieur occupent la triste première place du classement tant en termes de nombre que de coûts. L’Observatoire de la Qualité de la Construction 2020 précise par l’intermédiaire de Christian Garcia, directeur technique GIE de Socobat que : « la pathologie des carrelages reste endémique dans les revêtements de sol intérieur. Les causes sont nombreuses, mais on peut noter deux points émergents. D’abord, le retrait différentiel des chapes ou du mortier de scellement en pose désolidarisée, qui génère de la fissuration au niveau du carrelage. Cette sinistralité est plus importante en pose scellée que collée. Ensuite, les défauts d’étanchéité dans les douches à l’italienne, très tendances et parfois imposées pour des questions d’accessibilité à tous. Ce type d’ouvrage nécessite des compétences de carreleur mais aussi d’étancheur. Or, nous constatons beaucoup de malfaçons, en particulier au niveau de l’étanchéité ». Dans les locaux d’activités, les revêtements de sol sont également les sinistres les plus coûteux. « On pourrait imaginer que les entreprises de construction travaillant pour le monde professionnel maîtrisent davantage les techniques de pose de carrelages, mais les chiffres ne le confirment pas. La spécificité des locaux d’activités, notamment des surfaces commerciales, réside dans l’importance des sollicitations auxquelles le revêtement est soumis », indique Catherine Labat, expert construction au cabinet Neoxa.

428 rapports analysés

Publié il y a quelques mois, le rapport rédigé par Jean-Pierre Thomas, directeur technique chez Eurisk et expert spécialiste carrelage, va encore plus loin puisqu’il se consacre exclusivement aux sols carrelés. Il décortique les causes de sinistres impliquant des pathologies affectant des revêtements de sol céramiques, à partir de l’étude des données collectées par le dispositif Alerte (rapports d’expertise), auxquelles ont pu s’ajouter celles dont dispose la direction technique d’Eurisk sur le sujet, et l’expérience acquise par celle-ci dans le domaine technique concerné. Le rapport « Sols carrelés : points de vigilance » s’appuie ainsi sur l’analyse de 428 rapports d’expertise établis entre 2006 et 2017, soit une période de plus de douze ans. Le rapport précise que les retours de sinistralité analysés ne présentent aucun caractère exhaustif, ni statistiquement totalement significatif mais qu’ils permettent tout de même de tirer différentes conclusions.

Fissuration

La fissuration des carreaux est la pathologie largement dominante de l’échantillon étudié. La pose scellée désolidarisée représenterait près de 70 % des cas observés. (© Weber)

La fissuration des carreaux est la pathologie largement dominante de l’échantillon, puisqu’elle est constatée dans 64 % des dossiers étudiés. Le rapport précise que la dimension des carreaux ou la présence d’un plancher chauffant n’ont pas d’incidence sur la fréquence d’apparition de cette pathologie. Il pointe en revanche la pose scellée et plus particulièrement la pose scellée désolidarisée qui représenterait près de 70 % des cas observés. L’explication dominante de l’apparition de la fissuration des revêtements carrelés en pose scellée se réfère (86 % des cas concernés) à l’effet « bilame ». Celui-ci résulte du retrait différentiel du mortier de pose (favorisé par une épaisseur importante de celui-ci), qui génère un effort de cisaillement entre carreaux et support. Le raccourcissement en partie inférieure du mortier en pose scellée désolidarisée, est libre et non bridé, alors qu’il est contrarié par l’adhérence aux carreaux en partie supérieure. Ce retrait différentiel conduit au « cintrage » du mortier de scellement, du revêtement et à sa fissuration. Cet effet est accentué sur sous-couche isolante, ce cintrage générant le poinçonnement de celle-ci. L’étude rapporte également qu’en bâtiment d’habitation collectif, la fissuration concerne quasi exclusivement les locaux privatifs. Les parties communes ne seraient que très rarement concernées. Pour essayer de comprendre ce phénomène, les entreprises interrogées dans le cadre de cette étude remarquent que la résistance mécanique, voire l’épaisseur des carreaux retenus en partie commune, est toujours sensiblement, voire nettement, supérieure à celle des carreaux mis en oeuvre en partie privative. Sur ce point, l’étude invite les instances professionnelles en charge des référentiels normatifs à s’interroger sur les caractéristiques minimales des carreaux admis en pose scellée (critères de résistance mécanique, épaisseur), quelle que soit la destination des locaux concernés. L’expert précise également que les effets des réductions de dosage des mortiers de pose en locaux P2 et P3, introduites dans la révision du DTU 52.1 de novembre 2010 et les effets de la réduction des tolérances de planéité admissible du support, dans la révision du DTU 52.10 de juin 2013, pourraient permettre d’ici quelques années d’observer une évolution favorable de la diminution de la sinistralité. Pour rappel, la dernière révision du DTU 52.1 « Revêtements de sol scellés » de février 2020 a exclu la pose scellée désolidarisée de carreaux céramiques sur planchers intermédiaires pour les bâtiments d’habitation collectifs. Là encore, il faudra attendre quelques années avant de voir l’impact ou non de cette mesure sur la sinistralité puisque le délai moyen constaté d’apparition des phénomènes de fissuration est d’environ sept ans.

Autres pathologies observées

les douches dites à l’italienne

Pour les douches dites à l’italienne, les problèmes sont souvent liés à des infiltrations résultant d’absence ou de défaut d’exécution de l’étanchéité. (© Limatec)

Dans cette publication, les pathologies liées au décollement et au soulèvement des carreaux représentent environ 11 % des cas observés. Elles sont majoritairement associées à la pose collée (82 % des cas), pour laquelle il est relevé dans plus de la moitié des cas (55 %), un défaut de collage (absence de double encollage quand il est nécessaire, défaut de battage des carreaux, mortier-colle non adapté au contexte, temps ouvert dépassé) ou de préparation du support (nettoyage, ragréage, etc.). La dégradation superficielle du parement des carreaux ou la détérioration des joints concernent 13 % de l’échantillon étudié. Dans 27 % des cas, la dégradation du parement des carreaux est due à un défaut de produit, dans 20 % des cas, elle est constatée suite à un choc extérieur ou des sollicitations non prévues lors de la conception. La dégradation des joints, elle, résulte d’une humidification excessive du support dans la moitié des cas (notamment en raison de dégâts des eaux), le reste résultant de défauts d’exécution ou de sollicitations non prévues à l’origine. Les douches de plain-pied et les revêtements de sol extérieurs font également partie des ouvrages sujets à sinistres mis en exergue dans cette étude. Pour les douches dites à l’italienne, les problèmes sont souvent liés à des infiltrations résultant d’absence ou de défaut d’exécution de l’étanchéité, sous-jacente au revêtement. Le rapport explique qu’il convient d’insister sur la nécessité impérative de réaliser une étanchéité du support du revêtement de ce type de douche – SEL ou système d’étanchéité de plancher intermédiaire (SEPI) –, avec relevés périphériques, même dans le cas de dallage sur terre-plein. Les infiltrations pouvant en résulter en son absence, conduisant à une migration d’humidité dans les pieds de parois verticales de la douche, qui peut ressurgir dans les locaux contigus, particulièrement quand ces parois sont réalisées en plaques de plâtre, même si elles sont nécessairement hydrofugées et qu’un SPEC est prévu sous faïence murale en parois verticales.

En libre accès

Concernant les sols extérieurs, même si l’échantillon reste faible, les pathologies associées résultent pour l’essentiel d’un défaut ou d’une absence de pente du support éventuellement aggravés par un défaut ou une absence de drainage sous le revêtement. Le rapport insiste sur la nécessité absolue de présence d’une pente sur le support sans laquelle l’entreprise en charge du revêtement de sol carrelé ne peut pas intervenir. Il signale également le fait que l’absence ou le défaut de drainage sous revêtement en pose scellée, aggrave les conséquences de l’absence ou du défaut de pente, et génère, comme seule cause également, des désordres inévitables. En complément, le rapport précise que la rédaction d’un guide ou un mémento de conception de ce type d’ouvrage, constituant une partie complémentaire des NF DTU concernés, apporterait une contribution utile à la prévention des désordres qui y sont associés. Le rapport « Sols carrelés : points de vigilance » est disponible gratuitement et en intégralité dans la rubrique « Ressource » sur le site de l’Agence Qualité Construction (*). Il est un outil précieux pour mieux analyser les pathologies qui impactent les revêtements carrelés et mettre en place les actions pour faire baisser la sinistralité qui touche le métier de carreleur. Comme l’explique Philippe Estingoy, directeur général de l’AQC dans le dernier Observatoire de la Qualité de la Construction : « la volonté essentielle de ces partages est de sensibiliser l’ensemble des acteurs et de tirer des leçons de ces sinistres par de l’apprentissage collectif. En effet, comme l’a dit John Ruskin, la qualité n’est jamais un accident, c’est toujours le résultat d’un effort intelligent ».

(*) www.qualiteconstruction.com

R.V.

 

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