À l’heure où la construction durable commence à s’imposer en France, les carreleurs peinent à trouver leur place. Dans un avenir proche, ils devront pourtant être capables de répondre à ce nouveau challenge. Le virage de l’écoconstruction est à prendre dès aujourd’hui.
L’écologie est au coeur des préoccupations des Français depuis quelques années. Ils sont de plus en plus nombreux à se tourner vers des constructions et des produits respectueux de l’environnement. La filière carrelage l’a bien compris. Poussée par cette tendance et une réglementation toujours plus rigoureuse, elle accentue ses efforts. Si elle met en oeuvre des matériaux écologiques comme la terre cuite, elle renforce également ses efforts sur l’ensemble du cycle. Les différentes étapes comme la fabrication, la distribution, l’utilisation et même la destruction, voient leurs impacts environnementaux se réduire. Les fabricants développent également des gammes entières de produits permettant de mettre en avant leur engagement pour la protection de l’environnement. Ainsi ont été créés des carreaux entièrement recyclables et d’autres fabriqués avec des matériaux recyclés. en la matière, l’imagination n’a que peu de limites. La difficulté est surtout à chercher du côté des consommateurs qui peinent à s’y retrouver parmi la multitude de certifications, appellations et labels. en fonction de son pays d’origine, un fabricant ne va pas utiliser la même qualification que son voisin. À l’heure actuelle, il n’existe pas de label international unique et standardisé.
L’isolation thermique
L’un des objectifs de l’écoconstruction est de diminuer la consommation d’énergie. Pour cela, la qualité de l’isolation thermique revêt une importance fondamentale. dans ce domaine, les carreleurs essaient de trouver leur place, mais ne voient pas toujours ce qu’ils peuvent proposer pour réduire les déperditions thermiques. La seule solution pour eux est de mettre un isolant sous le carrelage. Plusieurs couches sont alors nécessaires et ils ne disposent pas forcément d’une réservation suffi sante. « Avec du carrelage, une bonne isolation n’est pas facile à mettre en place. Alors pour ne pas risquer de ne pas travailler sur un chantier, les carreleurs évitent souvent d’en parler », explique Thierry Toffoli, artisan et conseiller professionnel à l’Union nationale artisanale (UNA) Maçonnerie-Carrelage de la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb). « La profession n’est pas fermée à cette question. Simplement la mise en place est complexe ». Si l’heure est à la sensibilisation, l’avenir verra l’apparition d’un devoir de résultat. dans leurs devis, les artisans devront prendre des engagements et les tenir au moment de la réalisation. « Nous sommes actuellement encore dans le flou », commente notre interlocuteur. « Pour aider les carreleurs, il faudrait que nous puissions leur donner une échelle de valeurs. Par exemple, il faudrait pouvoir comparer l’impact sur l’isolation thermique d’une terre cuite et d’une pierre naturelle selon leur épaisseur. De la même façon, s’ils se sont engagés sur des résultats et qu’ils se rendent compte au moment des travaux que la réservation dont ils disposent n’est pas suffisante pour poser un isolant et une chape par exemple, nous devrions pouvoir leur proposer des solutions de secours. » 
Une démarche globale
Il est important d’arriver à mesurer les valeurs pour pouvoir informer les professionnels de ce qui peut ou non améliorer l’isolation thermique d’un bâtiment. La responsabilité des carreleurs est annoncée. « S’ils n’obtiennent pas la performance promise ou si les performances d’un logement sont dégradées suite à leur intervention, les conséquences pourront être lourdes », explique Thierry Toffoli. « Les carreleurs auront à se justifier, y compris parfois devant les tribunaux. Il n’est pas inenvisageable de penser qu’en cas de condamnation, ils pourraient avoir à payer à la place des consommateurs ». outre l’aspect technique, les carreleurs vont devoir faire face à une nouvelle logique. L’isolation thermique ne pouvant pas être uniquement pensée au niveau du carrelage, la profession va devoir élargir son champ de vision. « Une bonne isolation dépend de nombreux critères tels que l’orientation de la maison, le nombre d’ouvertures, etc. Pour être capable de pousser jusqu’au bout le devoir de conseil, les carreleurs vont être obligés de prendre en compte une logique globale dépassant leur unique profession ». Pour la Capeb, il ne faut pas attendre qu’une réglementation soit en place, car les évolutions dans ce domaine vont très vite s’accélérer. dès maintenant, elle conseille aux carreleurs de se former et de commencer à regarder ce qui peut être fait.
Des mesures précises
Certains outils existent d’ores et déjà pour mesurer l’impact environnemental des produits utilisés.
Ainsi, les Fiches de déclarations environnementales et sanitaires (FdeS) donnent de précieuses indications sur les matériaux de construction employés. Les mortiers-colles, par exemple, ont fait l’objet d’une étude détaillée et disposent maintenant de ce type de document. d’autres éléments liés au carrelage devraient prochainement en bénéficier. Cela permettra aux professionnels de connaître toutes les informations concernant les différentes couches qu’ils envisagent de poser. Car là encore, il ne faudra pas faire de « l’hyperpolluant » mais bien au contraire, essayer d’arriver à des solutions respectueuses de l’environnement. Qualibat, l’organisme français de qualification et certification des entreprises de construction, est également en train de travailler sur la question. Assez rapidement, il devrait être capable de mesurer les performances environnementales et de définir un référentiel. La mise en place de mesureurs est attendue dans les mois qui viennent. Pour le moment, ils n’ont pas encore été intégrés dans la nomenclature. « Nous allons identifier des gens capables de mesurer l’étanchéité à l’air d’une construction », explique Pierre Girard, responsable de la politique technique chez Qualibat. « Pour le moment, nous n’avons pas défi ni d’exigences particulières, mais le bâtiment va devoir devenir de plus en plus performant ». dès aujourd’hui, tout commence à se mettre en place en prévision de la RT 2012 (réglementation thermique). Celle-ci a pour but de limiter les consommations énergétiques des bâtiments neufs, qu’il s’agisse de résidentiel ou non. « À l’intérieur des corps de métier, il va falloir identifier de façon plus claire les différentes exigences. Il n’est pas à exclure que de nouvelles qualifications soient créées. Il est possible d’imaginer que l’une d’entre elles soit appelée ‘Carrelage, performance thermique’ ».
Article paru dans Référence Carrelage N°26 Novembre-Décembre 2010