Les chantiers d'isolation acoustique sous carrelage sont techniques et nécessitent un niveau d'exigence élevé. Rappel des points clés à respecter lors de la mise en oeuvre des procédés en rouleaux, avec une mini-chape réalisée en ragréage et des procédés en plaques, qui autorisent une pose directe du carrelage.
Ce ne sont pas les chantiers les plus courants mais ils sont très exigeants. La mise en place d'une isolation phonique sous carrelage ne laisse aucune place à l'improvisation. L'acoustique est un élément essentiel de la qualité d'un logement. Une mauvaise isolation phonique représente une source de nuisance récurrente pour de nombreux occupants de logements collectifs et peut avoir de fortes répercussions sur le quotidien des habitants et les relations de voisinage. Les carreleurs sont essentiellement concernés par le traitement du bruit d'impact des planchers. Avec la Nouvelle réglementation acoustique (NRA200), dans le logement neuf, depuis le 1er janvier 2000, le niveau maximum des bruits d'impact est fixé à 58 dB entre deux étages d'un logement collectif ou individuel. Les labels Qualitel et Qualitel confort acoustique sont encore plus exigeants puisqu'ils imposent respectivement des limites fixées à 55 et 52 dB. En rénovation, la jurisprudence et les règlements de copropriété stipulent que la mise en place d'un nouveau revêtement ne doit pas détériorer le confort acoustique existant du plancher. Dans certaines configurations, les carreleurs sont donc amenés à mettre en oeuvre une sous-couche acoustique entre le support et le carrelage pour obtenir un affaiblissement des bruits de choc entre deux étages.
S’assurer de la performance du procédé
Les bruits de choc (ou d'impact) sont ceux produits par un impact sur le plancher, lors de la marche, du tirage d'une chaise ou de la chute d'un objet, etc. Les planchers se mettent en vibration et émettent du bruit dans les locaux voisins. Si la transmission directe par le plancher se révèle sou- vent la plus importante, le son peut également se transmettre par toutes les parois du bâtiment, selon leur nature et leurs jonctions. Le niveau de bruits de choc (indice L'nT,w) caractérise la propagation des bruits d'impact entre deux locaux. Il est évalué avec une machine à chocs, un appareil normalisé, constituée de marteaux frappant fortement sur le sol. Pour évaluer les performances d'un système d'isolation contre les bruits de choc transmis par le plancher, il est fréquent de parler de réduction du niveau de bruit de choc pondéré Lw (ou d'amélioration au bruit de choc). Cette valeur est la différence de mesure entre un plancher isolé et un plancher en béton de 14 cm non isolé. Le résultat caractérise un produit ou système uniquement en transmission directe. Plus la valeur Lw est élevée plus le système isolant atténue les bruits de choc. Il convient donc de veiller à sélectionner un procédé qui réponde en tout point aux exigences techniques du chantier et à la performance acoustique attendue. Le carreleur vérifiera notamment le Lw du procédé, les locaux visés, les revêtements associés et la surface autorisée des carreaux, la compatibilité avec un éventuel plancher chauffant, l'épaisseur du système, etc.
Tous les détails comptent
Différentes données portant spécifiquement sur les procédés phoniques sous carrelage affichent une estimation d'environ 600 000 m² vendus sur l'année 2022. En rapport aux quelque 140 millions de m² de carrelage consommés chaque année en France, le nombre d'opérations de mise en oeuvre de ces procédés est donc relativement faible. Cependant, le boost attendu concernant la rénovation des logements promet une embellie sur ce marché et donc des chantiers d'isolation phonique sous carrelage plus nombreux pour les carreleurs. Si choisir le bon procédé technique est essentiel, le mettre en oeuvre dans les règles de l'art est tout aussi impératif. Lors de la pose d'une sous-couche phonique sous carrelage, le carreleur doit combiner performance acoustique et mécanique. Une mauvaise mise en oeuvre pourra engendrer des problèmes de fissuration du carrelage ou affaiblir la réduction acoustique souhaitée. En acoustique, le moindre point dur laissé, la moindre faille non traitée, peut engendrer une baisse significative de la performance. Le fait de poser un revêtement dur sur une sous-couche isolante plus ou moins souple, n'est également pas anodin concernant la bonne résistance mécanique de l'ouvrage. Sur ces chantiers, il convient donc d'être extrêmement pointilleux et de ne négliger aucune étape lors de la mise en oeuvre. Chaque détail à son importance et le traitement global comme celui des points singuliers (huisseries, canalisations, plinthes, etc.) nécessitent de suivre à la lettre les préconisations.
Les systèmes en rouleaux
En plaques ou en rouleaux, les systèmes dédiés sont déclinés dans des kits complets qui contiennent tous les produits connexes et compatibles (isolant, mortier-colle, bandes de pontages, bandes de désolidarisation périphériques, jointoiement, ragréage pour les systèmes en rouleaux, témoins et treillis éventuels). Dans les deux cas, ils se posent sur un support propre, sain et sec qui ne présente pas de défauts de planéité supérieurs à 3 mm sous la règle de 2 mètres. Les systèmes en rouleaux nécessitent l'apport d'une minichape effectuée avec un ragréage réalisé au-dessus de la sous-couche. Les lés, découpés en fonction de la surface de la pièce, sont collés avec le produit adapté en butée avec toutes les parois verticales et soigneusement marouflés à l'aide d'un platoir. Immédiatement après la pose des lés, il convient d'assurer le pontage entre lés avec la bande adhésive fournie de façon à éviter toute pénétration ultérieure du ragréage sous l'isolant au moment de la réalisation de la mini-chape. Une bande périphérique est appliquée le long des parois. Elle doit recouvrir la sous-couche insonorisante d'au moins un centimètre. Une bande de désolidarisation doit également être appliquée autour des huisseries, canalisations, appareils sanitaires, etc. La réalisation de la mini-chape a lieu après le traitement des points singuliers. Sur l'ensemble de la surface des témoins d'épaisseur sont répartis en quinconce de façon régulière. Après gâchage, le ragréage autolissant est ensuite mis en oeuvre jusqu'à recouvrement des témoins d'épaisseurs. Le temps de séchage de la minichape doit être impérativement respecté avant de procéder à la pose des carreaux céramiques. La pose des plinthes s'effectue en appui sur la bande périphérique. Les systèmes en rouleaux avec mini-chape sont particulièrement adaptés aux grandes surfaces. Ils nécessitent cependant des temps de séchage plus conséquents.
Les systèmes en plaques
Collées au sol avec une colle adaptée, les plaques doivent former une surface continue, sans chevauchement. Selon les procédés, les plaques peuvent être agencées à joints décalés de 30 cm minimum les unes par rapport aux autres. Les joints des plaques ne doivent pas être positionnés au droit des joints du revêtement carrelé. Comme pour les systèmes en rouleaux, il convient d'assurer avec soin le traitement périphérique et celui de tous les points singuliers. Selon la classification du local et le mortier colle utilisé, il peut être nécessaire de réaliser une couche de raidissement avec treillis préalablement à la pose du carrelage. La pose des carreaux céramiques peut s'opérer rapidement une fois les plaques posées, en double encollage ou en simple encollage avec un mortier-colle fluide. Les systèmes en plaques offrent une pose simplifiée et rapide. Dans les deux cas, en plaques ou en rouleaux, lors des chantiers d'isolation phonique sous carrelage, il est vivement conseillé aux carreleurs de faire réaliser une mesure avant travaux et une seconde à l'achèvement afin de vérifier que la performance acoustique attendue soit bien obtenue. Ces chantiers techniques nécessitent une prescription pointue et une mise en oeuvre sans fausse note.